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Marc Touati : «Il faut que Tsipras parte et que la Grèce sorte de l'euro !»

29 Juin 2015

Les Grecs voteront dimanche si oui ou non ils acceptent les propositions de réformes demandées par les créanciers de la dette grecques. Des propositions qui ne sont pas encore achevées ni présentées. L'annonce choc secoue toute l'Europe. Le point avec Marc Touati, économiste et fondateur du cabinet de conseil Acdefi.

 Que penser de l'annonce surprise d'un référendum ce dimanche en Grèce?

Marc Touati -. C'est tout simplement la preuve que Tsipras ne compte pas du tout rembourser! Depuis 2010, l'Europe et le FMI ont aidé la Grèce à hauteur de 350 milliards d'euros (dont 260 milliards ont déjà été versés, ndlr). La semaine dernière, les créanciers de la dette ont proposé de remettre 15,5 milliards sur la table. Pour le gouvernement en place, ça ne va toujours pas. Pour gagner encore un peu de temps, il se dégage de ses responsabilités et demande à son peuple de décider pour lui! Le tout, en appelant à voter pour le «non». Déjà que la Grèce va mal, Alexis Tsipras met en jeu la saison touristique de la Grèce. C'est de la folie!

Pourtant, Tsipras dit qu'il ne veut pas que la Grèce sorte de la zone euro...

Tspiras veut le beurre, l'argent du beurre et la crémière! On ne peut pas à la fois annuler la dette grecque et rester dans la zone euro. Sinon, on créé un précédent. C'est ce qu'on appelle l'aléa moral: cela signifie que d'autres pays considéreront qu'ils pourront se comporter de manière plus risquée. En premier lieu l'Espagne, où le parti d'extrême gauche Podemos monte déjà, et où des élections régionales en catalogne seront organisées en septembre.

Faut-il donc que le «oui» l'emporte ce dimanche?

Il le faut oui. Il faut que l'Europe retrouve de sa crédibilité. Dans la zone euro, il y a des règles, et il faut les respecter. Et puis, surtout, cela éjectera Tspiras. Car le vrai problème de la Grèce, c'est l'incompétence et la folie de Tsipras. Fin 2014, le pays était enfin en train de se remettre de la crise, la croissance repartait, les fruits de tous les efforts des Grecs - car les Grecs ont fait beaucoup d'efforts - arrivaient. Et depuis janvier (quand Tspiras a été élu, ndlr), tous les compteurs sont à nouveau dans le rouge vif. Quel dommage d'avoir tout gâché ainsi. La Grèce a replongé dans la récession depuis 2015. Les capitaux ont fui. C'est la preuve que les extrémistes conduisent à la faillite! Désormais, la viabilité de la Grèce ne dépend plus que de la BCE, qui irrigue encore (mais combien de temps?) d'argent frais les banques grecques pour qu'elles puissent financer l'État, qui peut ensuite payer ses frais courants.

Et après?

Après, il y aura d'autres élections avec gouvernement d'unité nationale.

Et qu'est-ce que ça fera de mieux?

Cela remettrait un peu de confiance. Un accord pourrait être trouvé avec les créanciers pour «tenir» encore quelques mois sans être dans une situation dramatique à chaque nouvelle échéance qui se présente.

Mais cela ne ferait-il pas que repousser encore et encore le problème?

Si! C'est pour ça qu'il faudra que tout le monde soit intelligent et réfléchisse à une sortie de la Grèce de la zone euro, en douceur. Mais en tout premier lieu, il faut que Tspiras sorte, puis qu'un nouveau gouvernement stable se mette en place - un gouvernement qui ne joue pas à la roulette russe et qui ne change pas d'avis tous les deux jours -, et que l'Europe soutienne la Grèce pendant ce temps-là. Par exemple, en mettant en place un moratoire sur la dette grecque.

Pensez-vous que l'Europe est capable, politiquement, de proposer une sortie «calme» de la Grèce de l'euro?

La zone euro, de toutes façons, ne pourra fonctionner que si c'est aussi une zone politique. Il faut une zone euro fédérale forte où chacun choisit s'il veut en être ou pas. La Grèce, tout comme Chypre ou l'Irlande n'auraient jamais dû rentrer dans la zone euro. Même la France est faible pour être dans la zone euro. Ces derniers mois, l'euro a beaucoup baissé, mais il est resté longtemps à 1,40 dollar. Il est parfois monté à 1,50 dollar, même 1,60 dollar. Comment est-ce gérable pour un pays comme la Grèce, où le bon taux euro/dollar devrait être de 0,70! Il faut que la Grèce sorte sereinement de l'euro, avec un programme bien établi et un calendrier bien travaillé. Le pays reviendrait à la drachme, la dévaluerait d'environ 50% et redeviendrait compétitif.